Lettre des femmes internationalistes qui se battent sur le territoire de Rojava aux femmes zapatistes

Rojava, 8 mars 2019

 

Compañeras de lutte,

 

Vous faites partie du vent, qui nous apporte vos nouvelles.

 

Ces nouvelles parlent de mégaprojets capitalistes, de l’exploitation, de la mort et de la maltraitance des femmes. Mais il parle aussi de tactiques et de stratégies, de lutte et de résistance. Votre contexte fait écho au nôtre.

 

Ici au Rojava, l’Etat turc, les forces impérialistes et les groupes djihadistes veulent mettre fin à la vie florissante irriguée par la voix des femmes, qui se lèvent depuis qu’il existe quelque chose contre quoi se lever.

 

Aujourd’hui, avec l’occupation turque du territoire d’Afrin, ils nous ont coupé une importante artère, mais le cœur du Kurdistan et le projet d’autonomie démocratique qui a été mis en place bat chaque jour de plus en plus fort. Aujourd’hui, on l’entend partout dans le monde. Tout comme le vôtre, compañeras.

 

Comment pouvaient-ils penser qu’ils allaient nous faire taire ?

 

Il y a déjà tant de morts, de viols et de disparitions. Il y a déjà tant de tortures, de dévastations. Mais sans perdre nos forces, l’autodéfense de ce territoire s’étend et se développe du front armé jusqu’à la santé, l’éducation, l’économie et la politique gouvernées par les peuples en lutte.

 

La vie et la mort sont nos outils de combat. Nous vous écrivons depuis cet Institut que nous appelons Andrea Wolf, au nom d’une camarade internationaliste qui est tombée dans les montagnes du Kurdistan pour défendre notre liberté à toutes. Comme elle, toutes les personnes dont le sang jaillit de notre espérance continuent de marcher parmi nous, à travers nous, vers nous et vers vous. Sur ces terres nous disons ‘Sehid Namirin’, les martyres ne meurent jamais.

 

Ou ne comprennent-il pas que la mort donne vie à la mémoire ?

 

Nous pouvons aussi vous dire que notre regard suit les pas de la science de la femme, la Jineolojî, qui se développe comme une feuille de route, pour nous retrouver, nous définir, chercher de nouvelles formes, les nôtres, pour libérer notre mental, notre esprit et notre corps, notre histoire, notre essence et notre genre dans toute sa diversité.

 

Nous vous avons connues dans la lutte armée, dans les villages donnant des cours, dans vos milpas, jungles et montagnes, dans les campagnes politiques, essayant et défiant tous les mondes. Ne soyez pas trop tristes, compañeras, qu’après la chose exposée vous ne puissiez pas faire la Seconde Rencontre Internationale des Femmes qui se battent. Parce que les luttes ont de nombreuses formes, et il est clair que vous avez toujours cherché les vôtres.

 

Nous ne pouvons que vous soutenir et vous accompagner dans les décisions qui vous rendent libres. Nous ne pouvons qu’écouter et apprendre les unes des autres. Nous toutes ne pouvons et devons que continuer la lutte. Comment faire face autrement à cette guerre contre le patriarcat, le capitalisme et le colonialisme qui ne nous a jamais complètement gagnées? Comment faire de leurs fissures autrement que de grands puits et falaises de vie ?

 

Nous continuerons comme vous le dites, en conservant cette petite grande lumière avec laquelle vous avez ouvert la voie, en nous rencontrant le 8 et tant d’autres jours. Et vous ne disparaîtrez jamais. Nous continuons à regarder, à tout regarder compañeras.

 

Jin, jiyan, azadi

 

(femme, vie, liberté)

 

Institut Andrea Wolf de l’Académie de Jineoloji

Rojava, Kurdistan de l’Ouest.

 

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Réponse à la « Lettre des zapatistes aux femmes qui se battent dans le monde »,

source: http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2019/02/21/lettre-des-zapatistes-aux-femmes-qui-se-battent-dans-le-monde/

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[ES]

Carta de mujeres internacionalistas que luchan en el territorio de Rojava a las mujeres zapatistas.

Compañeras luchadoras,

Sois parte de nuestro viento, que nos trae noticias vuestras.

Esas noticias hablan de megaproyectos capitalistas, de la explotación, muerte y maltrato de las mujeres. Pero también nos habla de tácticas y estrategias, de lucha y resistencia. Vuestro contexto es eco de los nuestros.

Aquí en Rojava, el Estado turco, las fuerza imperialistas y los grupos yihadistas quieren acabar con la vida que está floreciendo irrigada por la voz de las mujeres, que se levantan desde que existe aquello contra lo que levantarse.

Ahora, con la ocupación turca del territorio de Afrin, nos cortaron una arteria importante, pero el corazón del Kurdistán y el proyecto de autónomía democrática que se está llevando a cabo, laten cada vez más alto. Ahora ya se oye en todas partes del mundo. Al igual que el vuestro compañeras.

¿Cómo pensaban que nos iban a silenciar?

Ya son tantas las muertes, las violaciones y desapariciones. Ya son tantas las torturas, la devastación. Pero más allá de perder fuerza, la autodefensa de este territorio se expande y desarrolla desde el frente armado, hasta la salud, la educación, la economía y la política governada por los pueblos en lucha.

La vida y la muerte son ambas nuestras herramientas de lucha. Os escribimos desde este Instituto que llamamos Andrea Wolf, en nombre de una compañera internacionalista que cayó en las montañas de Kurdistán defendiendo la libertad de todas nosotras. Como ella, todas las personas cuya sangre brota nuestra esperanza, siguen caminando entre, por y hacía nosotras y vosotras. Se dice por estas tierras que ‚Sehid Namirin‘, que las caídas nunca mueren.

¿O es que no entienden que la muerte da vida a la memoria?

También os podemos contar que nuestra mirada sigue los pasos de la ciencia de las mujeres, la jineoloji, que se está gestando como hoja de ruta, para encontrarnos, para definirnos, para buscar formas nuevas, nuestras, que liberen nuestra mentalidad, nuestro espíritu y nuestro cuerpo, nuestra historia, nuestra esencia y nuestro género dentro de toda su diversidad.

Os hemos conocido en lucha armada, en los pueblitos dando clases, en vuestras milpas, selvas y montañas, en campaña política, probando y retando a todos los mundos. No nos entristece demasiado compañeras, que tras lo expuesto, no podaís hacer el II Encuentro Internacional de Mujeres que Luchan. Porque las luchas tienen muchas formas, y está claro que siempre habeís buscado la vuestra.

Sólo podemos apoyaros y acompañaros en las decisiones que os hacen libres. Sólo podemos escuchar y aprender las unas de las otras. Sólo podemos y debemos seguir todas luchando. ¿Cómo sino podríamos enfrentarnos a esta guerra contra el patriarcado, el capitalismo y el colonialismo que nunca nos ganaron del todo? ¿Cómo sino podemos hacer de sus grietas grandes pozos y acantilados de vida?

Seguiremos como decís, conservando aquella pequeña gran luz con la que abristeís caminos, encontrándonos, el 8 y tantos otros días. Y vosotras nunca desaparecereís. Seguimos mirando, mirándolo todo compañeras.

Jin, jiyan, azadi

(mujer, vida, libertad)

Instituto Andrea Wolf de la Academia de Jineoloji

Rojava, Kurdistán oeste.